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Relancer une facture impayée, sans y passer la soirée

Décrivez la facture. L'outil vous dit où vous en êtes, ce que vous pouvez réclamer, quoi écrire, et quand passer à l'étape suivante. Particuliers, entreprises, marchés publics.

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Relance de facture impayée dans le bâtiment : la méthode

Ce que dit la loi, ce qui marche sur le terrain, et les cas qui n'existent que chez nous : situations de travaux, réserves, retenue de garantie.

1. Quand relancer : le calendrier qui tient

Une facture n'est en retard qu'après son échéance. Avant cette date, la seule chose à vérifier est qu'elle est bien arrivée au bon endroit : le bon interlocuteur chez un promoteur, le dépôt sur Chorus Pro pour un marché public, le visa du maître d'œuvre pour une situation de travaux. Beaucoup de « retards » sont en réalité des factures qui n'ont jamais atteint le service comptable.

Après l'échéance, le rythme qui fonctionne dans le bâtiment tient en quatre temps :

  • J+1 à J+7 : le rappel cordial. On signale l'échéance, on laisse la porte ouverte à un oubli ou à un croisement avec le règlement. Un mail court suffit.
  • J+10 à J+15 : la relance ferme. Le montant, le nombre de jours de retard, les pénalités chiffrées, une date limite précise. Un appel téléphonique la veille ou le lendemain double l'efficacité.
  • Autour de J+30 : la mise en demeure. Un courrier recommandé avec accusé de réception. C'est la dernière étape amiable, et la pièce que le juge demandera si vous allez plus loin.
  • J+45 à J+60 : le recours. Commissaire de justice, injonction de payer ou tribunal administratif selon le client. Attendre davantage n'apporte rien, sauf si le client a proposé un échéancier écrit.

Avec un donneur d'ordre récurrent, le téléphone passe avant l'écrit : un promoteur qui vous confie trois chantiers par an mérite un appel avant un mail ferme. Les étapes restent les mêmes, le ton change.

La règle qui évite les dossiers oubliés : chaque facture impayée a une prochaine action et une date. Si vous ne savez pas quand vous relancez, vous ne relancerez pas.

2. Pénalités et indemnité de 40 € : ce que vous pouvez réclamer

Ce que vous pouvez ajouter à la facture dépend entièrement du type de client. C'est le point que la plupart des entreprises traitent de la même manière, à tort.

ClientDélai de paiementPénalités de retardIndemnité de 40 €Prescription
Entreprise privée30 jours par défaut, 60 jours au plus (ou 45 jours fin de mois)Taux de vos CGV, au minimum 3 fois le taux légal (8,25 %). Sans clause : taux BCE + 10 points (12,40 %)Oui, par facture, de plein droit5 ans
ParticulierCelui du devisSeulement si le devis signé les prévoit. Sinon, intérêts au taux légal (2,75 %) à partir de la mise en demeureNon2 ans
Marché public30 jours (50 jours pour les hôpitaux, 60 pour les entreprises publiques)Intérêts moratoires : taux BCE + 8 points (10,40 %), dus automatiquementOui, de plein droit4 ans (déchéance quadriennale)

Le calcul est le même partout : montant TTC × taux annuel × jours de retard ÷ 365. Pour une facture de 12 450 € en retard de 38 jours chez un promoteur sans clause particulière : 12 450 × 12,40 % × 38 ÷ 365 = 160,70 €, plus 40 € d'indemnité forfaitaire. Les taux ci-dessus sont ceux du second semestre 2026 ; ils sont revus chaque semestre, et c'est le taux en vigueur au premier jour du semestre où le retard commence qui s'applique.

Entre professionnels, les pénalités et l'indemnité sont dues sans qu'un rappel soit nécessaire. Dans la pratique, elles servent surtout de levier : « nous y renonçons si le règlement nous parvient sous huit jours » débloque plus de dossiers qu'une facture de pénalités envoyée après coup.

Le piège du particulier : sans clause de pénalités dans le devis signé, vous ne pouvez rien ajouter avant la mise en demeure, et jamais les 40 €. La solution est en amont : une ligne « pénalités de retard » dans vos devis.

3. Situations, réserves, retenue de garantie : les cas du BTP

La situation de travaux bloquée au visa. Une situation mensuelle doit être visée par le maître d'œuvre avant d'être payée par le maître d'ouvrage. Quand elle dort sur son bureau, relancer le client seul ne sert à rien : c'est le maître d'œuvre qu'il faut relancer, par écrit, avec le maître d'ouvrage en copie. En marché public, le délai de paiement de 30 jours court à partir du dépôt de la situation, et le silence du maître d'œuvre ne le suspend pas : les intérêts moratoires courent quand même. En marché privé, tout dépend du contrat et, s'il s'y réfère, de la norme NF P 03-001.

Le solde retenu pour des réserves. Des réserves à la réception ne justifient pas de bloquer tout le solde. Le maître d'ouvrage peut retenir la part correspondant aux travaux réservés, pas davantage : c'est précisément le rôle de la retenue de garantie. Proposez une date pour lever les réserves et demandez le règlement du reste.

La retenue de garantie. Elle est plafonnée à 5 % du marché et encadrée par la loi du 16 juillet 1971 : le maître d'ouvrage doit la consigner auprès d'un tiers (Caisse des dépôts) ou accepter une caution bancaire à la place. Elle est libérée un an après la réception, sauf opposition motivée notifiée par lettre recommandée avant ce terme. Passé un an sans opposition, réclamez-la directement au consignataire ou à la caution : le maître d'ouvrage n'a plus son mot à dire. Un maître d'ouvrage qui « garde les 5 % » sur son compte sans les consigner est hors des règles : demandez la consignation par écrit.

Les travaux supplémentaires. Sans devis signé ni ordre écrit, la contestation est probable. Isolez-les : relancez fermement la part non contestée, et traitez les travaux supplémentaires comme un litige à part, documents à l'appui.

4. De la relance amiable à la mise en demeure : quoi écrire

Chaque niveau a un objectif différent, et donc un contenu différent.

  • Le rappel cordial rappelle les faits (facture, montant, échéance), propose l'hypothèse d'un oubli, et offre un appel si quelque chose bloque. Pas de pénalités à ce stade.
  • La relance ferme chiffre le retard : jours, pénalités, indemnité, total. Elle fixe une date limite à huit ou dix jours et annonce la suite sans détour. Avec un professionnel, elle propose de renoncer aux pénalités contre un règlement rapide.
  • La mise en demeure est un courrier recommandé avec accusé de réception. Elle contient les mots « mettre en demeure », le détail des sommes, un délai de huit jours et les conséquences à défaut. Pour un particulier, elle fait courir les intérêts légaux. Pour tous, elle prouve au juge que vous avez tenté l'amiable.

Le ton compte autant que le fond : pas de menace vague, pas de majuscules, pas de « dernier avertissement » répété trois fois. Les faits, la date, la suite. Et entre deux écrits, un appel : la voix débloque ce que le mail n'obtient pas, à condition de savoir quoi dire. Préparez trois phrases, la question qui fait réagir (« qu'est-ce qui empêche le règlement aujourd'hui ? ») et la conclusion datée.

5. Quand et comment passer au recours

Quand la mise en demeure reste sans effet, le choix dépend du client et du montant :

  • Moins de 5 000 € : la procédure simplifiée de recouvrement, menée par un commissaire de justice (l'ancien huissier). Rapide, peu coûteuse, sans passer devant un juge. Si le débiteur refuse d'y participer, on passe à l'injonction.
  • Injonction de payer : un formulaire déposé au tribunal judiciaire (particulier) ou au tribunal de commerce (entreprise), sans avocat. Le juge rend une ordonnance sur pièces ; elle est signifiée au débiteur, qui a un mois pour s'y opposer.
  • Marché public : pas d'injonction de payer contre une collectivité ou un établissement public. On adresse une réclamation préalable écrite, puis un référé-provision au tribunal administratif. Les intérêts moratoires et l'indemnité de 40 € restent dus.
  • Client en redressement ou en liquidation : les relances s'arrêtent. Il faut déclarer la créance au mandataire judiciaire dans les deux mois de la publication au BODACC, sinon elle est perdue.

Le dossier à réunir est le même dans tous les cas : devis signé, ordres de service ou bons de commande, situations visées, procès-verbal de réception, la facture, les relances envoyées, la mise en demeure et son accusé de réception. Et agissez avant la prescription : deux ans face à un particulier, cinq ans entre professionnels, quatre ans en marché public.

6. Les erreurs qui coûtent cher

  • Attendre la clôture du mois pour relancer. Chaque semaine de silence après l'échéance réduit vos chances d'être payé sans procédure.
  • Relancer sans date limite. « Merci de régulariser rapidement » ne déclenche rien. « Avant le 17 octobre » si.
  • Mélanger retard et litige. Une facture contestée ne se relance pas, elle se clarifie : demandez par écrit ce qui est contesté et faites payer le reste.
  • Laisser une situation sans visa. Le maître d'œuvre ne relancera pas à votre place.
  • Oublier les 40 € et les pénalités chez les professionnels. Sur une année, c'est de la marge qui dort.
  • Ne pas tenir de liste. Un tableau avec le statut de chaque facture et sa prochaine action datée vaut mieux que la meilleure lettre.
Ce guide et l'outil donnent des repères et des modèles, pas un conseil juridique. Les taux indiqués sont ceux du second semestre 2026 ; vérifiez-les chaque semestre sur les sources officielles, et faites relire une mise en demeure importante par votre conseil.
Questions fréquentes

Vos questions sur la relance d'impayés

Dès les premiers jours après l'échéance, par un rappel cordial qui laisse la porte ouverte à un simple oubli. Si rien ne bouge, une relance ferme vers dix à quinze jours, puis une mise en demeure en recommandé autour d'un mois. Chaque étape a une date : c'est ce qui évite de laisser traîner un dossier trois mois.

Seulement si votre devis signé ou vos conditions générales les prévoient. Sans clause, vous pouvez demander les intérêts au taux légal, mais uniquement à partir de la mise en demeure. L'indemnité forfaitaire de 40 € ne s'applique pas aux particuliers : elle est réservée aux relations entre professionnels et aux marchés publics.

Montant TTC de la facture, multiplié par le taux annuel, multiplié par le nombre de jours de retard divisé par 365. Le taux est celui de vos conditions générales, sans pouvoir être inférieur à trois fois le taux d'intérêt légal, soit 8,25 % au second semestre 2026. Si rien n'est prévu, c'est le taux de refinancement de la BCE majoré de 10 points, soit 12,40 %. S'y ajoute une indemnité forfaitaire de 40 € par facture.

En marché public, oui : le délai de paiement de 30 jours court à partir du dépôt de la situation, et le maître d'œuvre dispose d'un délai limité pour la viser. En marché privé, cela dépend du contrat. Dans les deux cas, le bon réflexe est de relancer le maître d'œuvre par écrit, avec le maître d'ouvrage en copie, plutôt que le client seul.

Pour une créance inférieure à 5 000 €, la procédure simplifiée de recouvrement par un commissaire de justice est rapide et sans juge. Au-delà, l'injonction de payer se demande au tribunal avec un formulaire, sans avocat. Face à une collectivité ou un établissement public, c'est le référé-provision devant le tribunal administratif. Dans tous les cas, agissez avant la prescription : deux ans pour un particulier, cinq ans entre professionnels, quatre ans pour un marché public.

Non. Il calcule, il rédige, vous copiez et vous envoyez. Rien n'est enregistré par vision. Si vos relances doivent partir toutes seules, à la bonne date, avec le bon ton, c'est précisément ce que nous mettons en place chez nos clients.

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